P+L studio : une broderie architecturale.

Une broderie architecturale.

Nous nous sommes rendus à Saint-Denis pour rencontrer Cyrielle Leclère, membre du très ingénieux duo P+L Studio. Fondé par Cyrielle et Natacha Pons, le studio propose des créations textiles pas comme les autres. Et pour cause, spécialistes de la broderie “gigantifiée”, elles sont prisées par les grandes maisons – entre autres ! – pour leur savoir-faire unique. Leur travail allie la minutie de la broderie à une certaine maîtrise de l’architecture, pour un rendu en relief, presque sculptural ! Telles des exploratrices de la matière, elles n’ont de cesse de réinventer les applications de la broderie, qu’elles inscrivent dans une approche résolument moderne.

Date: 24 Octobre 2019
Ville: Paris
Artisan: P+L studio
Comment vous-êtes vous rencontrées avec Natacha ?

Cyrielle

Nous nous sommes connues lors d’un atelier que j’animais aux Arts Décoratifs de Paris. Le courant est tout de suite passé entre nous. À l’époque, elle faisait de la broderie pour des ateliers de Haute-Couture. De mon côté, je travaillais dans le design de mode mais également dans la scénographie et l’évènementiel.

Qu’est ce qui vous a poussé à vous associer ?

Cyrielle

Nous nous sommes aperçues que nous avions chacune l’envie de décloisonner ce que l’on faisait dans nos métiers respectifs. Nous nous entendions bien et nous avions une vision similaire de ce que l’on voulait faire. Quelques mois après s’être rencontrées, nous étions à un moment de nos carrières où l’on voulait monter un projet plus conséquent, qui nous était propre et nous avons ouvert l’atelier en 2014.

Au départ, vous ne vous êtes pas associées pour la création de P+L studio

Cyrielle

Non, effectivement. À la base, nous avons crée la marque de parures d’exception Beau Voir. Nous proposions des accessoires type épaulettes, plastrons, ceintures… En somme, de petits trésors de haute-couture venant s’accrocher et compléter une tenue déjà existante. Notre marque existe toujours mais nous l’avons mise de côté pour le moment au profit de notre studio actuel.

Comment est né P+L studio ?

Cyrielle

Le développement de Beau Voir était assez compliqué car nous étions sur un marché de micro niche. En parallèle, nos anciens clients continuaient de faire appel à nous pour des projets de scénographie ou de broderie par exemple. Nous avons eu envie d’allier nos savoir-faire et d’amener la broderie et l’ennoblissement textile vers la scénographie et le design merchandising. C’est dans cette démarche que nous avons créé P+L studio en 2016.

Pouvez-vous nous donner une définition de l’ennoblissement textile ?

Cyrielle

On ennoblit les surfaces de manière générale, soit avec de la broderie, soit en venant retravailler des tissus existants avec des paillettes, des peintures, des pâtes texturées… C’est tout ce que l’on peut ajouter à un tissu, en fait.

« Ce qui nous amuse, c’est le paradoxe qu’il existe entre le côté gros oeuvre de nos pièces alors que nous faisons de la broderie. La démesure de nos projets est très plaisante […] »

Quelle est votre spécialité chez P+L studio ?

Cyrielle

Notre particularité est de faire ce que nous appelons de la macro-broderie, c’est à dire de la broderie “gigantifiée”. Nous inventons sans cesse de nouveaux processus pour cette technique car le support n’est pas souple mais rigide. Il faut également réfléchir à la manière de gigantifier les fournitures.

L’autre singularité de notre studio est de broder sur tout type de matériaux. Nous avons vocation à travailler avec les marques de luxe bien sûr, mais aussi pour la décoration d’intérieur. Dans ce domaine, nous sommes amenées à travailler directement sur du mobilier et cela requiert une sérieuse ingénierie !

Sur quel type de mobilier avez-vous travaillé par exemple ?

Cyrielle

En ce moment, nous travaillons avec un ébéniste pour réaliser une broderie sur bois. D’abord, nous dessinons la broderie, il faut ensuite numériser les dessins, les passer en découpe laser, éventuellement faire des perçages…

Nous avons aussi un projet avec un architecte : broder sur du marbre ! L’intérêt est de montrer que la matière est brodée, et pas seulement collée.

Comment définissez-vous votre univers ?

Cyrielle

Notre univers esthétique change en permanence et s’adapte à chaque projet car nous ne voulons pas systématiser notre manière de faire.
Je dirais que notre patte artistique réside principalement dans les textures et le relief de nos créations.
C’est ce que j’appelle la sculpture textile : en dehors de la dimension ornementale des pièces, c’est-à-dire la manière dont sont disposées les fournitures, nous nous concentrons davantage sur le fait de recréer une texture ou un univers singulier. Nous allons travailler la surface des matières avec des patronages ou des micro-reliefs qui vont créer des plissés et des architectures en tissu.
Ce qui nous amuse, c’est le paradoxe qu’il existe entre le côté gros oeuvre de nos pièces alors que nous faisons de la broderie. La démesure de nos projets est très plaisante, et intéressante aussi.

Vos échantillons sont de vraies petites oeuvres. Est-ce qu’il vous arrive d’exposer vos créations ?

Cyrielle

Non, pas pour le moment. Nous sommes davantage dans cette démarche d’exposition lorsque nous montrons nos échantillonnages. Tous les ans, nous réfléchissons à une nouvelle collection, afin de renouveler notre gamme. Nous sommes totalement libres dans la création de nos échantillons, ce qui s’apparente plus à une approche d’artiste.

Quels sont vos projets à venir ?

Cyrielle

Nous avons un très gros chantier en décoration d’intérieur pour lequel nous devons réaliser des tentures murales pour un particulier à Zurich.

Et surtout, nous avons l’envie de ne pas trop grandir ! Nous voulons avoir le temps de créer du sens pour chaque client et de réfléchir à des projets aboutis. En effet, nous apportons des pièces finies mais il y a également une réflexion poussée qui demande du temps, et ce temps-là est essentiel, on ne peut pas le compresser.

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· Crédits · Texte : Aurélia Monge  et Somaya Krouna- Photographies : Elliott Monge, P+L Studio et Thomas Labois.
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