Damien Beal - La Main Française - Guide de l'artisan contemporain

Damien Béal : hybride intemporel de la maroquinerie.

Hybride intemporel de la maroquinerie.

Nous avons été à la rencontre de Damien Béal, à Versailles, dans son atelier. Le bois est sa matière de prédilection : il a réussi à en faire des créations tout à fait originales. En effet, il l’utilise aujourd’hui pour la confection de pièces de maroquinerie aux allures d’objets design. Retour sur son parcours atypique…

Date: 23 Février 2019
Ville: Versailles
Artisan: Damien Beal
Damien, vous avez un parcours un peu particulier : vous êtes ébéniste-menuisier de formation. Aujourd’hui, vous créez des sacs. Comment en êtes-vous arrivé à la maroquinerie ?

Damien

Un peu par hasard ! À l’époque, je venais de fermer ma première boutique, dans laquelle je vendais du mobilier conçu par moi-même. Je travaillais alors sur des projets de manière aléatoire. Dans ce contexte, une amie mosaïste m’a appellé un jour pour me demander de créer un sac en bois pour le défilé de mode Forest for Fashion, évènement organisé par l’ONU. Nous avons collaboré sur cette création, et je me suis aperçu que cette expérience m’avait beaucoup plu! J’ai décidé de pousser le projet plus loin, en réalisant des sacs alliant le bois à d’autres matières, notamment le cuir.

J’ai d’abord créé une pièce pour mon frère, ensuite pour moi. Nous avons eu un retour très positif de notre entourage et dans la rue également. Cela m’a conforté dans l’idée qu’il fallait développer ce concept. L’engouement autour de mes créations s’est fait de manière assez naturelle et rapide, à tel point que j’ai fini par m’y consacré pleinement !

Quel est le concept de votre marque Damien Béal ?

Damien

Je réalise des sacs et accessoires unisexes en bois et en cuir. J’essaie de garder au maximum cette mixité des genres dans le design, même si, rendons-nous à l’évidence, le marché de la maroquinerie est particulièrement dédié à la femme. Il y a encore beaucoup à faire dans le domaine de la maroquinerie masculine.

Comment définissez-vous votre style ?

Damien

J’ai conscience qu’il y a une légère touche vintage dans mon travail.  Cependant, je dirai qu’il est aussi moderne. Je tends vers une certaine intemporalité, un aspect souvent souhaité dans la création de manière générale, et c’est ce qu’il y a de plus difficile à réaliser !

“je suis constamment à la recherche de perfection de l’objet. La durabilité de ma production est une partie essentielle de mon éthique.”

Quelle est votre philosophie de marque ?

Damien

L’honnêteté doit, selon moi, impacter le plus mon travail, que cela soit vis-à-vis de soi ou de ce que l’on vend.  Pour cette raison, je suis constamment dans une recherche de perfection de l’objet. J’aime l’idée de bien dormir la nuit et de ne pas douter de ce qui sort de l’atelier: la durabilité de ma production est une partie essentielle de mon éthique.

Quelles sont vos inspirations? Avez-vous des références particulières ?

Damien

En maroquinerie, je suis influencé par Hermès, notamment pour leur démarche du “fait-main” et leurs designs intemporels. Parmi les marques moins connues, j’apprécie KikaNY pour ses lignes graphiques et épurées.

Cependant, je suis davantage inspiré par le mobilier: le design scandinave, des designers comme Arne Jacobsen ou encore l’ameublement Knoll des années 50. D’ailleurs, lors d’une collaboration avec Tété, le musicien, ce dernier m’a dit: “C’est marrant, ton sac, quand tu le poses, c’est un objet; quand tu le portes, c’est un accessoire de mode.” J’aime beaucoup cette idée d’objet hybride qui est finalement en adéquation avec mon parcours.

Comment avez-vous acquis le métier de maroquinier ?

Damien

Je l’ai appris en autodidacte. J’ai regardé comment étaient faits les sacs, je les ai décortiqués et m’y suis essayé.

Comme je n’ai pas été formé à la maroquinerie traditionnelle, j’ai une plus grande liberté dans mon processus de fabrication. Je peux oser certaines poignées ou fermoirs vers lesquels je n’aurais peut-être pas été si j’avais eu une formation classique. Néanmoins, je respecte certaines règles traditionnelles dans mon travail comme par exemple la couture sellier, réalisée à la main.

D’où proviennent vos cuirs ?

Damien

Ce sont uniquement des vaches françaises, et les peaux sont tannées en Italie. Je ne collabore qu’avec un seul revendeur, par superstition – j’ai acheté ma première peau chez lui ! Son cuir est de très grande qualité et il a un tannage naturel. Cela signifie que la peau est travaillée à l’eau traitée aux fragments naturels, sans chrome ni fixateurs. Les teintes sont obtenues grâce à des pigments naturels. Ses cuirs viennent du recylclage de l’industrie alimentaire: c’est un parti-pris que j’ai choisi par souci éthique. Je suis aussi dans une démarche de non-obsolescence: ces cuirs peuvent durer plusieurs décennies sans problème. Il est important que mes sacs racontent une histoire qui dure dans le temps.

Face à l’industrie massive de la maroquinerie, comment faites-vous pour vous démarquer ?

Damien

Actuellement, il existe un engouement certain pour les métiers d’Art, probablement dû à une volonté de consommer de manière plus pérenne. L’aspect humain de l’artisanat interpelle également plus qu’on ne le croit. De plus en plus de gens tentent de se reconvertir dans un métier manuel pour cette raison. Ce sont des points forts par rapport à des marques d’une telle ampleur qu’elles ont perdu en humanité, et par la même occasion, le contact avec leur clientèle.

Quels sont vos projets à venir ?

Damien

Je pense que Damien Béal évoluera vers DM Manufacture, un éditeur d’objets en maroquinerie, mobilier, bijouterie… La notoriété de la marque me permet aujourd’hui de développer d’autres pans de ma créativité, pour mon plus grand plaisir !

Cet artisan vous a plu ?

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· Crédits · Texte : Aurélia Monge – Éditrice : Audrey Billard –
Photographies : Remicito, a vue d’oeil, dbb, aurélia Monge
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